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EN CONSTRUCTION...Longueur, lenteur, langueur... May 11 26/02/0826/02/08: Crise de Fred hier soir oubliée ce matin.. Tout semble être rentré dans l'ordre. Quant à moi, après une nuit d'11 heures de sommeil, et sûrement grâce au nouveau traitement, je me sens plus en forme, apaisée, en dépit d'un rhume qui m'épuise physiquement. J'ai appris que le Tercian faisait prendre beaucoup de poids; j'ai donc demandé, sur une impulsion courageuse, d'être candidate pour une pesée régulière. Moi qui ne suis pas montée sur une balance depuis tant d'années, sauf sur contrôle médical nécessaire, je décide d'affronter ce vieux démon que représente à mes yeux mon physique disgracieux; histoire de récupérer une nouvelle énergie en sortant de la clinique. Autre grande nouvelle, c'est ma décision certes un peu contrite par ma psychiatre, de m'inscrire en art thérapie, i.e en calligraphie de 14h à 16h. Cela va m'occuper et ma sociabilisation n'en sera que plus passive et limitée. Je ne resterai donc pas avec mon trio préféré cet après-midi et c'est d'autant plus une surprise que c'est un choix de ma part et non une action subite comme j'ai l'habitude de faire pour fuir les responsabilités et donc les nombreux parasites de l'abandon. Le repas est arrivé, la suite plus tard... en espérant que mon humeur reste stable aujourd'hui.
(13h28): Quelques pages de lecture ! Avant l'art thérapie pour me redonner quelques forces. Il ne faudra pas que j'oublie de composer des quatrains en l'honneur de Jean-Marc qui finalement s'est écarté de la somnolence pour écrire des lettres... A qui ? Mystère... Cela me fait penser que j'aimerais bien écrire une lettre à Damien. Donner quelques nouvelles, et recevoir de lui ce coup de téléphone tant promis.
(16h16): Retour de l'atelier calligraphie/aquarelle: incroyable mais vrai: j'ai passé un super moment...créer de mes petites mains si maladroites m'a été salutaire et productif: 4 dessins plus deux grands autres avec le regard plus qu'encourageant et psychologue de l'art thérapeute. Une bonne chose de faite; mais désormais, dans le hic et nunc de la réalité, quid faciam ? Salon du 2ème avec Jean-Marc qui essaie mais sans succès d'apprendre à utiliser son portable... Pas de nouvelles de Louise ou Fred; l'une doit dormir, l'autre n'est toujours pas revenu de sa perm'. Je vais aller me fumer quelques clopes en société puis j'aviserai le moment venu. (penser à écrire la lettre pour Damien).
(16h51): Avec Louise et Evelyne dans la salle restaurant du rez-de-chaussée, entourée de nos deux portugaises préférées...
(17h45): Avec Louise et Fred, dehors à bouquiner tandis que ce dernier écoute sa musique... «chacun a sa manière de se moucher » Louise: « Mouchons nous tous en coeur/choeur ». Sourires...
(21h27): Course aux médicaments après crise de fou rire en compagnie de ma chère Louise. Je constate avec un léger recul, que ma journée fut quasi uniforme. J'adore Jean-Marc qui réussit toujours à me rendre le sourire que le néant me volait. J'adore Louise avec qui je passe, et j'ai passé de si bons moments, entre les rires et les larmes, notre complicité indéniable, évidente pour tous sauf pour moi jusqu'à cet instant où soudainement, la réalité s'est révélée: Louise part après-demain et contrairement à d'habitude, inconsciemment, et en dépit de mes efforts pour poser les choses à l'aide de ce brouillon, j'ai réussi à faire abstraction des anticipations des conséquences néfastes de son départ. En clair, j'ai profité. J'ai posé une perm' pour demain après-midi histoire de faire quelques courses et acheter un cadeau à Louise. Le problème ? L'accord de ma psychiatre n'est pas gagné et j'ai chopé la crève, à tel point que je ne suis pas sûre d'assumer la marche sportive de demain matin. Bon. Je vais quitter ma Louise quelques instants pour filer au premier étage et voir si les médocs sont distribués puis l'abandonner à sa lecture qui calme son impatience à l'idée de voir Fred. Elle semble plus accro que moi...étrange... . January 11 25/02/0825/02/08: (9h15): J'attends ma psychiatre, douchée, maquillée, habillée, et « clopée » mais j'ai peur de ne pas savoir quoi lui dire: je change tellement d'humeur en une journée qu'un état général proclamé est impossible. En outre, aujourd'hui lundi, et suite au pari futile incité par mon trio de tête et entêté, je ne dois pas proférer un seul son, hormi gloussements hilares, en leur présence. Je sais d'avance que je vais perdre. Intuition féminine. Cela s'annonce difficile voire impossible mais foi de promesse hertalienne, je vais essayer de tout mon coeur, quitte à quémander quelques jokers. C'est fou comme l'humeur matinale me fait du bien...J'appréhende la suite, l'après-midi et le soir qui passent sans jamais se ressembler. Et c'est épuisant.
(12h54): Nouveau traitement, histoire de stabiliser l'humeur générale. 30 gouttes de Tercian plus un xanax le midi. J'attends le soir avec impatience... Il faut que je goûte non plus le silence ou la présence d'autrui, mais la musique, pour essayer de goûter ma vie. D'en avoir envie. Vivre sans être perméable aux souffrances des autres, sans cette empathie sensible qui me détruit, instant pour instant. Ce matin, j'ai cru que j'allais plonger tout droit vers le fond mais Fred et Jean-Marc m'ont rattrapée juste à temps pour éviter que l'inondation des idées noires d'une conversation à laquelle je n'avais même pas pris part, ne me noie dans le chagrin et l'autodestruction. Tchaikovsky dans les oreilles, une symphonie n°4 que je connais par coeur depuis la 5ème. Bon Dieu, pourquoi suis-je perméable à ce point ? Pourquoi l'ultrasensibilité me fragilise chaque jour un peu plus ? J'en ai marre. Marre de lutter contre ces fichues idées noires qui fomentent ma perte de la manière la plus sournoise qui soit. Marre de ne pas réussir à craquer, marre d'avoir envie de dormir trop longtemps sans que le sommeil ne soit néfaste. Un coma pour sauvegarder l'espoir de ceux qui m'aiment, une sombre inconscience pour moi, pour m'effacer d'une vie qui me coûte.
(13h28): Le plaisir d'avoir une écriture libre et spontanée est bien futile; mais sa vertu cathartique, à mon grand dam, se libère dans ce faux « journal intime », terme maintes et maintes fois valgaudé et promis au sentimentalisme d'adolescentes mièvres et boutonneuses. J'écris ce que je peux, sans la relecture nécessaire précédent le regard extérieur d'un lecteur anonyme. J'y écris pour me stabiliser, stabiliser ces changements d'humeur jaloux des audaces médicamenteuses. Les cafés, à l'instar des clopes, s'enchaînent; tandis que ma plume se démène pour trouver un fil conducteur. J'ai envie d'écrire. J'en ai besoin, mais si seulement ce flou cotonneux arrêtait sa lutte avec l'inspiration musicale, les maux et leur homonyme se mèleraient mieux sur ces quelques pages de néant. Un mois et quelques sans lecture et mon orthographe, en courte relecture, devient mutine pour m'agacer. Comme si j'avais besoin de nouvelles tares...! Comprendre. Il me faut absolument comprendre la base de ce cercle vicié autant que vicieux qui maltraite mon esprit fatigué.
A peu de choses près, ces six étapes peuvent résumer un pan de ma vie et aplanir les vieux ressorts d'un subconscient rebelle. Ma vue se floute à nouveau: décidément, il est temps que je me stoppe dans ces introspections logorrhéiques et tenter de me changer les idées. Une clope et hop, tentative de retrait dans ma chambre.
(15h42): Encéphalogramme plat. Quelques rires en compagnie d'Evelyne et d'autres, mais loin d'être cristallins et francs à cause du nouveau à moustaches (et Dieu sait combien je hais les hommes à moustaches) qui se dit espion et que l'on a aimablement baptisé James Pignon pour ne pas qu'il se reconnaisse lorsque l'on se moque de ses conneries. C'est bientôt l'heure du goûter, j'ai rejoint Jean-Marc au 2ème pour me poser un peu et déguster des petits écoliers, toute pédophilie mise à part. Ce qui n'est pas drôle du tout si je considère mes souvenirs d'enfant de CE1, dont l'instituteur (à moustaches) aimait caresser le dos, voire plus pendant les heures de lecture. Fin de la parenthèse, retournons à des choses plus gaies.
(16h23): RAS sinon mon impatience de fumer des cigarettes au chocolat, aimablement proposées par Evelyne et Myriam, son compagnon. Je suis tellement allée loin dans mes prudentes introspections qu'aucune idée objective susceptible d'en faire une nouvelle, ne germe dans mon esprit. A l'instant, Fred vient de m'abasourdir: il pense partir une semaine chez ses parents dès vendredi, contredisant ses propos d'hier lorsqu'avec deux cafés, il m'a dit sincèrement qu'il retarderait son départ de deux semaines pour ne pas provoquer un nouveau chagrin, le lendemain de la sortie de Louise. Mais bon. Ce n'est pas plus mal finalement. Je vais devoir m'isoler, depuis le temps ! Et sociabiliser avec des personnes que je ne choisis pas... Puis il y aura Jean-Marc qui, entre deux siestes, me soutiendra comme il le fait toujours. L'idée d'un poème en hommage à ses quatrains me trotte dans la tête d'ailleurs...quand je serai plus en forme. Fred est tellement impatient à l'idée de partie, qu'il s'est précipité sur l'urgence d'un « si besoin » lénifiant et de quelques clopes à fumer pour calmer son emballement. Et étrangement, cela ne provoque en moi aucune anxiété superflue.
(16h50): Retour d'une clope en bas, à la va-vite pour repérer Fred sur un banc plongé dans sa musique et croiser une patiente sympathique dont j'ai oublié le nom qui m'a dit que le Tercian faisait grossir... un problème de plus à gérer. Si ce n'est que cela, j'arrêterai de manger et puis c'est tout. Vivent les petites gouttes qui refoulent l'anxiété. Je suis calme, avec un encéphalogramme toujours aussi plat. Mi-glop, quoi. Ce n'est pas un état très agréable mais j'ai connu bien pire ces jours-ci donc pas de soucis...
(17h12): Retour de Fred après 10 clopes et un si besoin: il ne partirait qu'un week-end et remet donc son séjour d'une semaine chez ses parents à plus tard. Il déteste s'emballer comme ça et ne plus se contrôler du tout. Rien à dire si ce n'est que contrairement à l'annonce de son départ, ce retard me soulage le palpable d'une angoisse au creux du coeur. Je crois qu'il serait plus sage que je ne m'attarde pas sur cet étrange phénomène. Aujourd'hui, je me suis inscrite en art thérapie pour faire de la calligraphie et contenter ma psychiatre. Chic... vivement demain...
(18h15): Retour de clope chocolatée. Appel privé de Gaëtan et intrusion intempestive de l'extérieur à l'intérieur de mon nouveau cocon. La psy me dit que je ne me pose pas les bonnes questions; j'ai bien peur qu'elle n'ait pas tout à fait tort...penser à ma sortie, c'est typiquement ce que je fuis. Arrivée du repas. La suite plus tard...
(19h55): Il commence sérieusement à m'énerver le Fred avec ses brusques sautes d'humeur qui lui font devenir aussi mutique sans explications ! Un mutisme rageur, aimable comme une porte de prison et tutti quanti. Quand bien même la fuite lui est salutaire, cette manière d'agir ne fait aucun cas de nos sensibilités. Nous sommes tous peu ou prou dépressifs, on doit tous faire certains efforts, et qu'on ne vienne pas me dire qu'il n'y peut rien...un peu lâche et décevant pour le coup le Fred. Louise, exténuée et brisée par ce complet revers de situation est partie se coucher. Pour ma part, je suis énervée et enrhumée mais heureusement, comme d'habitude, Jean-Marc réussit à me détendre. Je lui dois quelques vers sincères et sans prétention pour lui dire combien sa présence est lénifiante, mais rien à voir avec le calme que peut inspirer Fred parfois. Je crois que je ne vais pas faire long feu... de l'eau, quelques cigarettes et hop... January 07 24/02/0824/02/08: (08h45): Réveil matinal et difficile. Une surprise bouleversante m'attendait près de la porte: Louise m'avait glissé un petit mot. Mot de trois pages pour me dire combien elle tient à moi, et combien mes quelques pages sur la lucidité des proximités intérieures/extérieures avaient touché Fred et elle hier soir. Une soirée étrange, pas vraiment homogène. Je me souviens d'une chute de moral vertigineuse, de Louise me raccompagnant jusqu'à ma chambre puisque je titubais, et surtout de ce cahier que je lui ai confié pour qu'elle et Fred lisent quelque aperçu de mon état. Le délire. Mais ce matin, en découvrant cette lettre de ma chère Louise, le coeur ému, j'ai descendu 4 à 4 les marches de l'escalier pour la rejoindre dans le parc et la serrer dans mes bras. Jean-Marc n'a émis aucun commentaire sinon en gestes affectueux lorsque Louise s'est effondrée en sanglots dans mes bras. Si je pouvais pleurer, j'aurais sûrement accusé à ce moment précis le gros chagrin qui pèse sur mon coeur et qui ne veut pas disparaître. Le petit déj' arrive. Et je ne sais toujours pas de quoi la journée sera faite.
(11h04): Salon 2ème étage avec mon trio infernal préféré. Piste 14 du premier cd best of Supertramp de Fred dans les oreilles. Je ne comprends pas. L'humeur un peu folle de ces derniers jours semble avoir déserté mes neurones, en perdition. J'ai envie de craquer. J'ai besoin de pleurer et de faire taire la noirceur des idées dangereuses pour moi, et qui me connaît si bien. Allez, un petit effort, sourires en promesses, concentration musicale pour profiter de ma complicité avec Fred.
(11h37): « Don't leave me now » à nouveau dans les oreilles... au maximum pour une musique parfaite. Le sublime en classique est récurrent et reconnu mais Supertramp a aussi ce je-ne-sais-quoi qui forme l'unité d'une harmonie complète. Le genre de musique à écouter en boucle sans jamais se lasser. Je me verrais bien citer Hegel mais j'ai bien peur de ne pouvoir m'en octroyer le droit: je ne suis pas exactement au mieux de ma forme pour philosopher voire paraphraser le produit d'une intelligence géniale. J'ai envie de mourir. J'ai l'impression de me battre contre le vent, contre une pléthore de riens, pour rien. Je n'ai plus envie de me fuir dans la réflexion, et je crains que la musique ne pourra plus m'être salvatrice, sinon salutaire, indéfiniment. Si la beauté ne me touche plus, le sombre du désespoir me rattrapera et je n'aurais pas la force de contrôler des tentaculaires attaques.
(13h48): Dans le parc, avec le sourire, Louise, Fred et un tercian dans l'organisme. Je commence donc à rougir, apaisée. Le rapport entre Fred et nous semble avoir changé: c'est comme s'il s'était résigné à notre présence dans son affect, donc dans sa vie. Retour du café dans les veines et de Supertramp dans les oreilles. Glop.
(15h42): Goûter, en haut, dans le salon avec Fred (qui partage un secret avec Louise que l'on répugne à me révéler), Jean-Marc et Louise. Supertramp nouvelle version d'un cd de Fred dans les oreilles. Puis chute libre. Deux clopes pour me calmer.
(16h17): Il faut que je change. Me blinder. Absolument. Désespérément. Pourquoi ai-je tant besoin des autres ? De l'autre, avec ses regards qui rassurent, ces mots qui colmatent les petites douleurs, resserrent une confiance dénouée de la réalité, et les sourires sympathiques maquillant les hontes inavouées. Abandon. Pourquoi ai-je si peur d'être abandonnée, remplacée ? Pourquoi ai-je besoin de me disperser, quitte à m'y perdre, dans l'aventure des rencontres, toujours d'une richesse que beaucoup n'ose supposer ? La douleur de manquer ce qui pourrait être, la lucidité d'une possession inéluctable pour un être dont la principale dépendance n'est qu'humaine. Peut-être la plus ardue à soigner puisqu'il faut apprendre à vivre, non pas pour les autres seulement mais d'abord pour moi, qui ne sait pas ce qu'être. Vivre vraiment, sans cette foutue angoisse qui ne déménage pas de mon coeur trop perméable. Pour preuve, de solitaire volontaire lors d'une adolescence engagée avec personnalité aux contours bien nets, j'ai changé pour me plonger d ans une sociabilisation active et affective, sans limites, si ce n'est la peur du rejet, à l'aube des rencontres, à l'orée d'un nouveau royaume dissimulant, à l'instar de tous les autres, ses failles et ses enjeux. Le schéma est simple, mais a la fâcheuse tendance à se réitérer là où je croyais justement maîtriser. Maîtrise superficielle donc, qui, lorsqu'elle s'effondre, m'entraîne dans sa chute. Mais je ne sais pas si l'envie de disparaître, seulement m'effacer de cette vie où parfois chaque souffle est éreintant, veut dire que j'ai touché ce fond dont tout le monde parle et qu'il me suffirait d'une impulsion pour remonter, en suivant les vagues, à la surface de cette chienne de vie. Ma tolérance vis-à-vis de mes échecs a fracassé depuis longtemps la porte, pour ne juger que mes excès.
(18h06): Introspection stoppée juste à temps par une pause cafés/clopes avec Fred en bas. Je reviens donc en souriant, rassérénée. Mais pour combien de temps ? Sur la force de nos liens qui nous unissent, Fred, Jean-Marc, Louise et moi. Surprise pour ma part d'apprendre que la carte avec nos coordonnées offerte à Fred l'a beaucoup touché, étonné qu'on l'apprécie pour/comme il est/ce qu'il est. C'était plus qu'évident de mon côté. Jean-Marc vient de revenir des tréfonds d'une longue somnolence: il en a besoin...des mois de sommeil à rattraper !
(18h17): Fred: « On partage tout » (à propos des baillements à répétition ).
(19h38): Et voilà, ça recommence... j'ai envie de craquer... mais de rire. Humeur mutine qui m'a poussée à faire une légère entorse à mon traitement: les deux fameux comprimés de zyprexa, à faire fondre sous la langue, ont été recraché discrètement dans les toilettes du rez-de-chaussée. J'ai l'impression d'être la seule de bonne humeur quoique Jean-Marc commence à se détendre, i.e à dire des conneries. Discussion bien entamée sur le déclenchement aléatoire du séchoir à mains et du fameux « pschitt » qui se déclencherait, pourquoi pas, lorsque l'odeur de certains serait trop nauséabonde.
(20h38): Et bam. Pause clope et retour à la morosité d'un air qui nous charge d'une torpeur loin d'être douce. Je répète pour demain; j'avais oublié ce pari stupide: ne proférer aucun son pendant une journée entière. Mon trio préféré essaie, entre deux mots fléchés, de me remettre sur les rails du bonheur facile en usant de leurs réserves d'humour. Dialogue de sourds dans ma tête: il faut à tout prix que je m'écarte du chemin que je nommerais « prise de recul »; histoire de ne pas côtoyer l'angoisse avant de dormir. Je suis de mauvaise humeur. Allons réintégrer mes douces pénates au bon goût de somnifère...vivement la nuit mais pas le lendemain... (dodo à 23h). January 06 23/03/0823/02/08: (09h45): J'ai forcé Jean-Marc à se lever mais il vient de se recoucher... Matinale aujourd'hui, j'ai réussi à faire 3 tours de parc à 7h30, le gentil monsieur de la guérite, à l'accueil, m'ayant laissé sortir... on me dit que ce sont les résilles, je crois qu'il faut seulement être poli...et demander gentiment. Toujours dans la même veine, et en quête de jetons pour caféiner les miennes, j'ai transvasé mon bol de café de petit déj' dans un gobelet pour profiter de cet instant magique et régulier du café clope ! Au 2ème, les deux chieuses plus Colette ont colonisé notre table, Jean-Marc a regagné sa chambre prétextant le « chaussement » de ses sabots et j'attends Louise pour sortir prendre l'air, loin de la futilité routinière de certaines patientes.
(10h58): Après la coiffure savamment élaborée par Louise, Jean-Marc a eu l'outrecuidance (audace cavalière) de saisir délicatement mes petits pieds (parce que mes pieds sont petits) pour brosser et faire luire mes chaussures noires.
(19h36): La voiture de Fred va bien. Retour de perm' un poil galère. 2Ème étage with Fred, Jean-Marc et Louise. Fred est épuisé par une nouvelle obsession capillaire; (cet imbécile a eu aussi l'outrecuidance d'insinuer que les « jeunes », à « 20ans » n'ont pas de problèmes – deux claques infligées par Louise pour cette insulte. Merci Louise. Jean-Marc tente de se remettre à écrire et quant à moi, mes tentatives se soldent par un échec scriptural... lourdeur, lourdeur, lourdeur...fatigue ? La journée m'a semblée bien courte. (En parlant de soufflets, Fred aimerait qu'on le laisse souffler, histoire de récupérer son souffle). Discussion sérieuse avec Jérôme cet après-midi, sur ses problèmes avec Myriam, et sur ses propres blocages vis-à-vis des engagements qui se font de plus en plus pressants. Blocages essentiels ou superficiels ? Son avenir se joue bientôt, dans les mois à venir; il sait qu'il va devoir prendre des décisions cruciales. Et malheureusement, ses options ne sont pas simples, voire inconciliables. Je ne sais pas si j'ai le droit, considérant mon état, de lui donner mon avis. Je pense qu'il devrait aller consulter un psychothérapeute, pour lui, affronter ses démons, ne plus fuir et se donner un peu de temps dans sa relation avec Myriam, ne serait-ce que pour la sauvegarder. Mais bon. J'y repenserai demain. Ma Louise, qui dessine à côté, faute de tricot, se prépare tranquillement à sortir jeudi. De mon côté, je ne sais toujours pas comment réagir. La fuir en m'isolant, soit ce que je dois faire depuis le début ? Ou apprendre à profiter des instants volés au temps ? Ma plume s'effiloche, l'orthographe et le moral itoo. Pas de bol d'être lucide sur ses dépendances, surtout quand celles-ci sont ineffables. Je rencontre des personnes qui m'acceptent et je ne peux les remercier qu'en essayant de légitimer une place durement acquise et si précaire. Alors je les aime, ces personnes, de toutes les forces d'un état fébrile: Louise, Fred, Jean-Marc, Titi voire même Christian, le dur au grand coeur. Je sens que je prends le mauvais chemin; le même que d'habitude: je me mets à apprécier l'endroit, la clinique, cette routine si particulière, en dehors du monde, qui me permet de ne pas trop me lancer dans d'hasardeuses introspections qui sont bien trop fragiles en ce moment. Alors je me défends comme je le peux, je recommence à mentir, à me mentir. Tout sauf reconnaître l'éternel schéma qui me détruit si patiemment.
(20h58): Le match de rugby va commencer. Quelques-uns de mes colocataires sont devant leur télé tandis que mon frère prend place dans les tribunes avec Jocelyn.
(21h20): Fou rire quasi-contrôlé, mais pas si libérateur que ça. J'ai besoin de nouveauté (cf parenthèse qui suit). Louise dessine toujours, Fred résiste encore à son extrême fatigue et Jean-Marc semble bien silencieux.
(21h42): Jean-Marc part se coucher. Dommage, mais vivement demain. Dernière(s) clope(s) avec Fred et Louise en bas et hop, je file évacuer la libido dans les bras de Morphée.
(21h00): Cela me fascinera toujours: cette proximité entre des personnes réunies dans le quotidien d'un même établissement. Promiscuité physique mais aussi intellectuelle voire sensible dans l'ineffable. Quelquechose se noue, de fort, d'impalpable parfois, mais désespérément impossible à l'extérieur. Quel est le pire ? Promettre un futur à deux ou trois que l'on sait menacé par le temps et les autres ? Ou assumer cette lucidité jusque dans ses moindres travers, au risque de blesser ? Arrêter de se mentir à soi-même, c'est parfois décevoir l'autre, et c'est déjà beaucoup trop difficile, mentir et falsifier l'authenticité d'un ici qui ne peut être ailleurs, et c'en est presque douloureux. Comment se détacher avec simplicité ? Prendre un recul que l'on sait dérisoire parce qu'inéluctable; le schéma se répète, je plonge à nouveau dans l'abandon. Je fuis, j'y cours, le sourire avenant et le coeur serré. Les chutes sont véloces, et formidablement imprévisibles. Le sourd des angoisses se reconnaissent, parfois trop tard, mais le temps se rattrape et la procrastination des humeurs reste un soulagement éphémère.
January 05 22/02/0822/02/08: (10h09): Salon du 2ème étage pour me poser après quelques cigarettes et un café à l'extérieur où j'ai claqué deux bises à Fred qui s'en allait s'isoler. Désormais, j'attends des nouvelles de Louise et Jean-Marc qui me manquent. Louise allait beaucoup mieux hier, la visite de son amie Myriam lui a redonné quelques espoirs sur un futur qui ne devrait pas être morose. Quant à Jean-Marc, je reconnais avoir des difficultés à le cerner...l'humour et la dérision semblent le sauver de ce présent qui lui échappe et qu'il subit sans trop savoir comment l'appréhender pour le bien de tous, et en particulier celui de ses enfants, lui qui a tant souffert du divorce de ses parents étant jeune. J'ai parfois envie de le serrer fort dans mes bras pour qu'il illumine son visage non plus d'un sourire las mais d'un sourire d'homme heureux, guéri d'espoir. « Fils de » par Michel Jonasz dans les écouteurs pour écrire quelques lignes sans relecture. Je crois que relire me confronterait à la vacuité même de mes mots... sachant que les maux ne se soignent pas forcément pas l'écriture. Mais la prise de recul qu'elle engendre peut parfois lénifier les angoisses indéterminées, logées au creux d'une gorge de fumeuse qui ne sait plus trop bien pourquoi elle s'autodétruit les poumons avec le sourire. A ce propos, je crois que je vais descendre infiltrer mes veines d'un nouveau café. Quant aux poumons... tout dépendra du lieu: sociabilisation ou retrait musical...?
(10h55): Le retrait fut bref, l'aspect musical aussi. J'ai de nouveau croisé Fred décidément et farouchement dans une de ses périodes autarciques, mais la vue de Louise m'a tout de suite calmée. L'organisation du week-end, pour ne pas dire de samedi, s'annonce possible. Je respire mieux. La perm' de demain nécessite un accompagnement, de mon frère ou de quelqu'un d'autre. Il faut que je croise ma psychiatre pour lui arracher l'autorisation d'un accompagnement pas forcément fraternel mais amical: Moh pouvant se déplacer librement le week-end. Jean-Marc n'est toujours pas sorti de sa chambre, et sa présence me manque; nous manque.
(11h27): Jean-Marc est revenu ! Malheureusement, Nathalie, la portugaise, s'est invitée parmi nous. Et je pouffe intérieurement avec grand mal. Ca y est, ouf ! Elle est partie. Louise ne va pas tarder à revenir, coiffée. Je vais la maquiller en début d'après-midi. C'est presque dommage, elle est belle au naturel, contrairement à moi qui ait besoin de l'artifice que représente le maquillage et autres fards pour proposer un visage présentable. Jean-Marc, muni de son Rubik's cube, prouve une nouvelle fois son intelligence en le manipulant avec dexterité. Il semble fatigué et à cause de moi et de cette manie insupportable de sortir fumer, la lumière lui a brûlé l'avant bras. Il faut que je me taise. La journée s'annonce moins bonne que les précédentes. Dommage... j'aimais bien nos visages hilares.
(16h13): Jeudi. Le couperet est tombé. Ma Louise s'en va jeudi. Je ne sais pas comment mon subconscient va réagir: la fuir ou, pour une fois, profiter de chaque instant ? Groupe de parole qui s'est bien déroulé. A l'instant, Laurent vient de m'avancer un jeton. Ne pas oublier de le lui rendre.
(16h54): Allez hop, je descends rejoindre Louise et Fred.
(19h56): Salon du 2ème étage: Fred et Louise ont l'air en forme. Jean-Marc est bien silencieux et moi... (p.s: Fred: « y a ma paupière qui saute ») November 23 21/02/0821/02/08: (13h41) Banc. Parc. Fred. Supertramp. Matinée sportive avec une marche salvatrice parce qu'expiatoire. Louise qui ne se sentait pas en forme nous a fait faux bond. Jean-Marc était de la partie, rien à dire de plus. Ma psychiatre m'a interrogée sur mon impulsion aquatique soudaine de la veille, et je n'ai pas trouvé de réponse sinon que je désirais voir apparaître le fameux sourire lumineux sur le visage de Louise qui ne riait que de désespoir. Point final. Pour ma part, je ne m'interroge pas sur cette folie inopinée. Une désinhibition médicamenteuse peut-être: nervosité qui n'a pu que trouver le chemin du rire faute d'exploser une bonne fois pour toutes... Je crois qu'il faut que j'arrête de réfléchir, histoire de réguler une humeur plus qu'aléatoire. Profiter du moment présent, en compagnie d'une Louise angoissée, donc super active et d'un Fred serein mais lunatique. J'ai renoncé à comprendre, sans doute parce que parfois il n'y a pas d'entendement clinique. Quant à Jean-Marc... Allez, je profite de Supertramp, non plus pour l'inspiration mais bien pour la concentration musicale.
(14h32): Retour au chaud dans le salon du 2ème étage. Jean-Marc est sorti de sa chambre et nous a rejoint. Roxanne version Moulin Rouge dans les oreilles, je me sens agitée. C'est au tour de la B.O du film Les chansons d'amour, que je compte offrir à Thomas pour son anniversaire. Louis Garrel dans les oreilles, avec « Les yeux au ciel ». Etrange, je ne sais plus quoi écrire. Parce que malgré l'agitation, je suis entourée de mon trio préféré... quid faciam ?
(15h06): Super Supertramp dans les oreilles. Cannonball. Jean-Marc nous toise de ses yeux fatigués. Il semble ailleurs. J'aimerais savoir ce qui le ronge en ce moment précis. J'ai toujours l'impression qu'il se bat contre la lassitude d'un quotidien qui ne peut que le détruire un peu plus. Des choix s'imposent mais son épuisement désabusé lui fait penser qu'il n'y a pas d'issue à sa situation. D'un commun accord avec lui, il m'a baptisée SPONTEX, en hommage à mon écoute et ma compréhension empathiques, et depuis, délire sur son petit calepin avec mults quatrains qui me touchent beaucoup. Fred semble aller de mieux en mieux ces derniers jours... depuis le lendemain du dramelet d'ailleurs...coïncidence ? Tant mieux. Quel plaisir que d'échanger à nouveau avec lui !Louise, qui vient de partir pour son entretien avec la psychologue, traînait sa morosité jusqu'à cet après-midi. Une de ses amies, Myriam, vient lui rendre visite tout à l'heure. Elle va mieux, et ça fait plaisir à voir... « If you were a sailboat » de Katie Melua dans les oreilles que je fais écouter à Fred. Jean-Marc m'a obligemment donné quelques petits écoliers tandis que Fred et moi tentons désespérément de nous remplir la tête et les écouteurs pour ne pas surprendre quelques propos bétifiants des deux zigottos qui font la paire. Rien à ajouter pour le moment. Je me sens mieux que certains jours.
(21h00): Squat dans le hall avec mon équipée préférée. Rires en cascade; qu'est ce que cela fait du bien ! J'en ai les abdos frémissants. Retour au calme, aussi. Je ne vais pas tarder à aller me coucher, histoire de récupérer un peu.
(21h25): « Avec le temps » dans les écouteurs, je repense aux doux mots de Jean-Marc sur son petit calepin. Des compliments sans lourdeur et en quatrains. Je lui dois des sourires et de nombreux rires... Ils lui seront dédicacé mentalement dès à présent. Il a besoin de tendresse, ce coeur blessé. Ca tombe bien, on est deux, plus des milliers. Merci donc Jean-Marc, tes mots, comme tes maux, me touchent beaucoup. Je me suis retranchée dans la bulle de douleur, j'ai peur de toute cette agitation incontrôlable, ce je-ne-sais-quoi de fou qui ricane, tapi dans l'ombre des effets des médicaments. « Avec le temps » a le mérite de me plonger dans une mélancolie que mon esprit connait si bien. Il y a quelquechose de rassurant dans cette chute: le fait qu'elle soit progressive, peut-être, et donc maîtrisée/maîtrisable. J'espère seulement qu'elle ne sera pas trop douloureuse sur le retour. J'ai pris tous les médicaments prescrits pour 18h30, il y a une demi-heure environ. Ils ne vont pas tarder à produire quelques somnolences, alarmes physiques et psychiques s'il en est, d'un départ précipité dans la course aux derniers somnifères de la journée. November 20 20/02/0820/02/08: (08h42): Réveil il y a quelques minutes. J'attends. Les médicaments, la psychiatre et le petit déj'; pas forcément dans cet ordre. J'écris pour m'empêcher de me précipiter sous la douche et m'habiller. Gagner du temps que l'on perd chaque jour. Malgré cela, l'impatience déferle dans mes veines comme une angoisse tapie dans l'ombre. Attendre. Le rendez-vous avec la psychologue à 10h30 aussi. Le petit déj' arrive. Plus tard...
(11:18): Je pouffe faute de piaffer. Au réveil, morosité d'un bilan un peu sombre avec ma psychiatre. Mais quelle joie de retrouver le sourire de Fred, pour éclater de rire en souvenir du soir passé. Explosion telle que mon café s'est déversé sur mon visage. Prémisses d'une joie que je n'espère pas aléatoire... il faut que j'aille mieux, mes parents viennent me voir. Rester dans cette humeur délicieuse qui me rassure. Le nouveau a une infection urinaire. Infection cardiaque pour Jean-Marc, qui a mal au coeur...
(11:49): Retour de clope avec le nouveau, Laurent, meurtri et dépressif depuis le décès de sa copine dans un accident de voiture il y a un mois. Encore un qui légitime sa dépression. Et moi alors ? Pourquoi ? Bipolarité qui se suffit à elle-même ?
(20:02): Je vais me rouler des cigarettes. Je viens de décider d'arrêter Supertramp, malgré tout l'amour que je porte à ce groupe mythique: la dispersion ne sied pas à l'humour du jour, déjà fortement subversive. Aujourd'hui fut (pause Supertramp: « Don't leave me now »). Retour un peu plus sérieux à l'écriture. Journée que je qualifierai de disparate, dans la mesure où divers moments se sont succédés à un bon rythme: lever, nouveaux sourires, et rendez-vous psy à 10h30. Ressortie 10mns plus tard après un flot de paroles très contrôlé et l'assurance qu'on ne me virera pas de sitôt. Vers midi 30, arrivée de mes parents en pleine forme puis déjeuner au Buffalo Grill et départ avec Jean-Marc et Pascal pour une balade d'environ 10kms. Au retour, je file rejoindre Fred et Louise dans cet endroit qui n'est plus vraiment secret; en haut des marches de la grande cour. Ma Louise est toute déprimée et je vois bien que Fred rame pour la soutenir et la rassurer sur un avenir qu'elle prévoit (à juste titre ?) morose. Explications donc sur la beauté des rencontres, souvent enrichissantes pour pallier la routine d'un quotidien un peu morne. Pour illustrer ce mince espoir, j'ai décidé d'employer les grands moyens en guise de persuasion histoire de lui faire recouvrer son rire sincère. Et hop ! Je renverse ma bouteille d'eau (pleine) sur la tête. Explosion de rire de Louise, stoïcisme stupéfait de Fred. Qu'est-ce qu'il ne faut pas faire quand même... Un peu plus tard, légèrement humide, je croise l'amie de Jean-Marc, en passe de devenir « ex », qui m'est immédiatement antipathique, étant donné le sale coup qu'elle a fait au père de ses deux enfants. November 18 19/02/0819/02/08: (10h34) Dans le salon du 2ème étage avec Jean-Marc où l'on vient de retrouver Louise. Deux cafés dans mes veines, et au moins 5 clopes dans les poumons: j'ai croisé Fred une première fois, le temps de lui claquer deux bises puis de réintégrer temporairement le peloton au moyen d'une tournée de café offerte. Echange de quelques balles avec David sur la table brinquebalante de ping-pong et arrivée de Jean-Marc avec les cheveux propres et en désordre, ce qui décidément lui va très bien. Dans mes oreilles, une chanson de Debout sur le zinc, « Des larmes sur ma manche », qui me fait immédiatement penser à Fred... peut-être est-ce lié au titre de l'album: Les Promesses, ou encore aux paroles qui semblent instinctivement idoines, conformes à la réalité de l'Abbaye: Fred prépare son départ, maintes fois remis en question, pour lui comme pour nous. Je pressens une fuite sans adieux, faute d'une promesse, la promesse d'un au revoir qu'il est incapable de nous donner et dont nous aurions tant besoin, même provisoirement. Ma psychiatre, le docteur Lesquelun, me pousse à m'inscrire aux ateliers d'ergothérapie, histoire de sociabiliser passivement, d'être avec des personnes que je ne choisis pas. Je ne veux pas. J'ai besoin de Louise, de Jean-Marc, d'une foule de nouveaux inconnus à « traquer » (dérision, quand tu nous tiens...). Je lui dis que tout va mal, elle réussit à me trouver « quelques bien ». J'ai peur parce que je ne veux pas partir, je ne veux pas perdre la sécurité que m'offre la clinique. Le problème ? Les gens vont et viennent et je reste dans le flou de mes sautes d'humeur. Elle pense que les médicaments sont à l'origine de mon indifférence inédite face aux prochains départs. Alors qu'au fond de moi, je sens -je sais- que je craquerai le moment venu. La distance de Fred et le sourire contrit de Louise n'y changeront rien. La gestion qu'il me faut acquérir n'est pas aisée surtout quand ma présence est sollicitée avec un naturel confondant et partagé lors des mornes après-midi. Louise partie, ainsi que Christian, Didier, Fred et les autres, il me faudra absolument m'isoler et ne pas réitérer la même erreur qu'à mon arrivée. Isolement obligatoire, de l'ordre de la nécessité. Je ne pourrai plus procrastiner. Pouf Pouf. J'arrête ici mes billevesées (HICH !!!) pour coiffer Louise qui me le rendra bien en nattes à la fifi brin d'acier.
(14h05): Retour de Fred. Avec une métamorphose qui ceint son visage d'une morosité troublante. Plus de musique, quelquechose a changé: il se protège pour ne pas sombrer. De mon côté, le symbolique des choses ne m'inspire plus. J'arrête de courir après le temps: qu'il me rattrape, je ne peux plus me battre. Louise tricote, soulagée par la présence de Fred qui ne me lénifie plus pour ma part. Le glacis de son visage me communique sa distance. Un être absent pour nous; pour une présence nécessaire et imposée. Sociabilisation générale qui m'apparaît bien périlleuse vu l'antipathie indifférenciée de son visage. Où est notre Fred ? Où est-il parti ? Dans quels remous s'est-il caché ? De quelles dépendances se méfie-il ? Ne rien devoir. Être libre de toutes attaches. Mise à jour d'un coeur que je devine meurtri et plus que douloureusement sensible. Les bisous pleurent sur son visage qui n'esquisse plus qu'un sourire las. Où es-tu, Fred ? Cold Song dans les oreilles, Klaus Nomi me paraît adapté aux circonstances de cette soudaine réapparition féline.
(18h30): Tentative d'isolement réussie dans le mesure de mon possible, i.e dans les faits. J'en ressors bredouille, agitée, anéantie. De nouvelles têtes apparaissent et je n'avance pas. Ma Louise parle déjà beaucoup trop de sa sortie et chaque heure passant, je vois mon écharpe qui se tricote vers l'ultime adieu. Qui ne sera qu'un au revoir mais cette lucidité à la con me susurre à l'oreille combien les retrouvailles à l'extérieur seront superficielles. Parce que ce présent douloureux ne devra plus être que derrière nous et j'ai bien peur que notre éloignement n'en soit plus que vivace. Le temps n'est pas gratuit et je n'avance pas. Et la tendresse, bordel ?
(21h00): Fin d'une crise de fou rire avec Fred en compagnie de Louise, Jean-Marc et Mélissa au deuxième étage. Des patients, qui font la paire, ont le chic pour susciter en nous d'irrépressibles rires. Et ce n'est pas fini...
(21h45): Fred est parti se coucher, histoire que les rires arrêtent d'exploser. Il a bien fait, il y a matière. Cet instant de complicité, ce bonheur de rire franchement, à gorge déployée, je ne l'oublierai pas de sitôt... J'écris ces quelques lignes avant d'aller sombrer pour mémoriser l'inédit de la situation: j'ai profité à fond ! Je file, nantie de ma natte après un dernier coup de peigne boomerang dans la belle chevelure de Louise. November 17 18/02/0818/02/08, (10h07): Je viens de sourire. Merci Jean-Marc qui décompresse avant son premier rendez-vous psy. Même psychologue que moi; j'espère sincèrement qu'elle pourra l'aider, lui. Entre deux humeurs, ma lucidité sur mon rien m'épuise, encore et toujours plus. Le week-end fut rapide mais éprouvant. Je ne sais même pas si j'ai envie d'y revenir pour l'analyser. Trop de tout et mon rien exposé aux regards de ceux qui vont bien, amis y compris. Retour de clope, que j'absorbe chaque jour un peu plus, une auto destruction comme une autre, un peu dérisoire peut-être. Il va falloir que je me détache progressivement de mon trio infernal qui me fait tellement de bien. Trop, justement: danger. Je m'octroie encore une à deux journées pour profiter de leur présence. Licencieuse, je suis; licencieuse je resterai. Si seulement je pouvais ne plus « dépendre de », m'auto-réguler et enfin réussir à prendre des décisions pour moi, à la limite de l'égoïsme... Retour de Supertramp dans ma tête, les sourires vont peut être pleuvoir/affleurer/éclore sur mon visage las. Lassitude de vaines journées, rébarbatives dans lesquelles j'abroge parfois mes angoisses. Tentatives qui ne franchissent pas le stade de l'hypothétique évidemment: ce ne sont que des sourdines espiègles, prêtes à tout moment,guettant un instant de sensibilité, pour me fragiliser et m'entraîner dans les bas-fonds de l'idée noire.
(14h44): Epuisement général. Le film d'Arnaud Desplechin « Rois et Reines », tant vanté par Louise et mes propres réminiscences, semble avoir provoqué chez Fred une sourde démolition. Environ 50 minutes d'un film de 2h30 nous a globalement achevés. Je ne suis même pas sûre que l'on pourra regarder la suite aujourd'hui. Dispersion donc, suite à l'abandon désolé de Fred, parti se réfugier dans sa chambre, et de Louise qui a soudainement disparu. Jean-Marc et moi tentons de garder la tête hors de l'eau. Avec difficulté. La noyade n'est pas très loin et je ne sais plus comment me dépêtrer du flou de mes quelques neurones mutins.
(15h25): Retour de Louise qui angoisse à son tour avant son rendez-vous avec la psychologue. J'imagine qu'elle essaiera d'exprimer sa culpabilité, inutile par ailleurs, vis-à-vis de Fred. Une responsabilité qui ne lui vient pas d'aujourd'hui...amoncellement de petits détails et manque de confiance en soi pour saler le tout. Je compatis. Ce n'est pas nouveau. « Ne pas accorder trop d'importance aux choses, ou autres ». Généreux conseil de Jean-Marc à 15h35. Y réfléchir. Prendre du recul. Par rapport à soi, mais pas uniquement: par rapport aux autres, aussi. Seul le geste compte. Les essences sentimentales se perdent sous la futilité et l'artifice du lieu. Ne pas oublier que je suis, à l'instar de mes congénères, patiente d'une clinique psychiatrique. Bam. Retour à soi nécessaire pour redonner vie à l'essentiel. Les départs s'annoncent: Louise puis Christian, et ce sera au tour de Fred de prendre son envol. Resteront Jean-Marc et moi, parmi le peloton (que je ne dois surtout pas réintégrer) pour guérir et patienter. Pas forcément dans cet ordre, d'ailleurs. Peut-être ai-je finalement réussi à me blinder puisque ces abandons respectifs ne m'inspirent rien. Encore un rien qui m'étonne... Dissimulation d'une souffrance endeuillée sous une dureté passagère ? Pour l'instant, c'est l'heure du goûter...généreusement offert par Jean-Marc qui a su discerner en moi le goût des « petits écoliers ». Mon estomac, à l'instar de mon palais le remercie chaleureusement.
(16h32): Dans le parc, chargée d'inquiétude pour Fred, et Jean-Marc qui tente tant bien que mal d'éviter les rayons d'un soleil néfaste pour sa peau.
(16h51): Retour au deuxième après une crise de larmes de Louise suite au silence obstiné voire rageur de Fred, dans un mécanisme défensif que je ne comprends que trop bien. Il apprécie beaucoup Louise et son mutisme le prouve: à d'autres, pour d'autres, les mots qui ont aussi la capacité d'être impitoyables, auraient fusé; je n'en doute pas une seconde. Mes pensées vont toutes entières à Fred qui doit (re)vivre un épisode douloureux. Le film aurait-il été le déclencheur ? Sûrement. Mais Louise n'y est pour rien: nos défenses sont souvent complexes et solitaires. De mon côté, état très étrange: la douleur des prochains départs ne m'atteint toujours pas. Je me blinde, je m'endurci(s), au fil de ces micros instants de vie qui ne se transformeront qu'en souvenirs dans un futur encore trop lointain. Peut-être est-ce l'écriture, et sa fameuse vertu cathartique, qui m'installe avec douceur dans cette torpeur presque indécente, sinon indifférente. Ou bien est-ce l'angoisse maintes et maintes fois ressentie qui me glace le coeur avant de me priver d'air, et d'eux ? Louise s'est remise à tricoter mon écharpe mais je vois bien que ses pensées sont ailleurs. Quant à Jean-Marc, il goûte, avec ce pépillement d'humour toujours au bord des lèvres, avant l'ébauche des sourires. Un humour particulier, cotonné de dérision, d'un homme blessé qui doit reprendre avant tout force et courage et surtout confiance pour vivre à nouveau. Un homme perdu mais pas complètement: ses tentatives (souvent réussies) humoristiques, certes un peu désuètes quelquefois, laissent entrevoir un potentiel infini de richesse intérieure. Il lui manque « juste » cette volonté de se battre, de l'amour et de l'espoir pour sortir de sa routine qui le meurtrit chaque jour. J'imagine que ce sera long...ne serait-ce que pour récupérer un sommeil décent, qui dépasserait l'heure habituelle de ses insomnies nocturnes. Il se confie à moi naturellement, avec une pudeur dérisoire qui dénote une grande sensibilité. La peur d'avoir raté sa vie le taraude constamment, des choix sont à faire, mais le repos ne lui laisse pas de répit. Je crois que les semaines qui s'éveillent, Fred et Louise partis, verront croître une complicité rassurante, faute du quatuor actuel.
(17h22): Ma Louise, qui me fait face, rend mon sourire, ébauché pour moi, forcé pour elle. Jean-Marc, qui a les cheveux gras, est parti se laver il y a quelques minutes. Je peux donc me concentrer désormais sur le personnage qu'est Louise. Indéniable manque d'affection, pour preuve, elle ne rate jamais une occasion d'offrir ses bisous à nos joues frustrées. Très sensible aux autres et dénigrant sa personnalité riche d'une culture et d'une ouverture d'esprit pourtant indéniable, elle égaie le havre de paix temporaire que simule la clinique, de ses rires cristallins et le cultive de ses nombreuses références littéraires et cinématographiques, avec une authenticité enthousiaste, débordante et sincère qui ne cesse de m'impressionner. Elle ne me laisse guère le choix d'ailleurs: en dépit de cette impression d'infériorité qui me blesse chaque jour un peu plus, je ne peux que l'aimer et lui offrir en guise de remerciement mes joues rebondies et ma présence en cas de coup dur. S'accepter comme elle est, se reconnaître comme telle, c'est proposer un miroir lucide et douloureux, que je lui conseille. Plus elle va mieux, plus je m'engloutis dans le néant de mon propre intérieur. Coups de poigards inconscients de sa part et terribles pour le zeste de richesse qui me reste d'un autrefois culturel... mais le monde continue de tourner à l'extérieur et au fil des jours, je ne me sens plus vivre. J'abandonne peu à peu mes forces au quotidien quiet et routinier de la clinique. J'évite cependant de sociabiliser avec les nouvelles têtes, histoire de ne pas dépendre des rencontres.
(18h22): Jean-Marc est ultra aquatique.
(19h18): Louise vient de me coiffer. Aucun commentaire.
(19h51): Jean-Marc, Evelyne, Mélissa, Louise et moi (+Pascal à côté qui essaie en vain de se concentrer pour lire) (...).
(20h25): Ma stupéfaction m'ayant empêchée littéralement d'écrire à la vue de Jean-Marc, tout juste propre, je me permets, une fois remise de mes émotions, de décrire mon ébahissement face au miracle des shampoings: Jean-Marc n'a plus les cheveux gras et mieux encore: ils ne sont plus lissés vers l'arrière auréolant son front d'une jolie frange/mèche. La deuxième surprise de la journée qui n'est en fait que la première, c'est l'embellissement indéniable de Louise qui s'est vêtue d'une jupe et de collants qui lui vont à ravir, cheveux au vent qui n'ont d'égal que la richesse de sa personnalité. Elle va me manquer cette Louise. N'y pensons pas. Confortablement installée sur mon large séant entre Louise et Jean-Marc dans l'entrée, et suite à ma succinte description capillaire de ce dernier, je m'octroie à nouveau le droit de reprendre une plume sinon en verve, au mois stabilisante. Le retour de Fred, quoique bref et étrange, fut salvateur pour Louise. Sourires et distance, contradictions externes qui ne laissent rien présager de bon ces prochains jours. Clopes, allusions complices, et bises sincères mais après le dramelet de cet après-midi et quoiqu'il en dise, Fred s'éloigne, prépare son départ et soigne son affect des deux jeunes demoiselles que nous sommes. Ma propre indifférence continue de me surprendre, je résiste à l'attrait de quelques cigarettes... et puis non, finalement, je viens pousser le vice en testant Fred et ma propre résistance face à son mutisme éloquent. Tout à l'heure, lors de sa courte réapparition, il m'a tendu un sac plastique contenant tous les cds qu'il m'avait emprunté. Le message est passé; je travaille son intégration. Je ne sais pas si Louise va gérer et comprendre la nouvelle indifférence défensive de Fred. Peut-être que je me leurre moi-même, en analysant de l'anodin pour le transférer, comme toujours, en événement. Une chose est sûre, c'est que je ne sais pas encore si la solution doive se résoudre par l'autarcie.
(22h08): Prête à sombrer dans les bras de Morphée. Une fois encore, je n'ose, faute de pouvoir, savoir de quoi la journée de demain sera faite. La nuit porte conseil...dit-on. November 16 17/02/0817/02/08: (11h52) On me pousse à écrire. Etrange comme certains conseils puissent être et réveiller des angoisses. Sourde angoisse en effet que de penser à la littérature, au cinéma et à toutes ces aiguilles sournoises qui mettent à jour d'anciennes passions en divertissements futiles et temporaires. Retour donc à soi. Néant. Se raconter sur quelques lignes, sans but apparent sinon d'extérioriser un intérieur chiffonnier. Merci pour ces conseils qui me noient instantanément dans ma propre vacuité, entre désir et impuissance, vacance et possible. Bipolarité qui s'étend décidément au-delà du caractère, pour empoisonner patiemment les zestes d'espérance. Libre un week-end, permission de penser, de vivre en dehors avec les autres captifs. Servile espoir, je ne me sens pas l'âme courageuse: tout ceci me fait peur. Je me fais peur. Ironie d'un sort indéterminé: ma vue se trouble, l'effort de concentration conjugué aux médicaments stoppe toute velleité cathartique. Au temps pour « la liberté » et vivement ce soir...
(20h00): Retour. Que je pensais salvateur. Infortune, je te hais: après un week-end angoissé, voilà que je suis confrontée malgré moi à une nouvelle présence féminine qui semble être dans mes âges et qui souhaite sociabiliser et s'introduire sans subtilité au sein de notre petite équipée: Jean-Marc, Louise, Fred et moi. Mauvais présage: quand je pense qu'il faut absolument que je m'isole, faute de disparaître, c'est autrui qui me rattrape. Vivement le repos. Possessivité qui revient. L'abandon s'approche à pas de loup. Il faut absolument que quelqu'un m'aide. |
Merci de votre visite !
Anaïse Mourocqwrote:
toujours ce talent littéraire....
tu me manques, toi
Nov. 13
Jennifer Hendryckswrote:
bon allez maintenant que j'ai tout lu j'en redemande il est temps de t'y remettre. gros bisou ma belle. jennifer
June 19
ĢĦΦѕŦwrote:
Tres sympa ton blog
Bonne continuation pour celui ci
Ghost
June 4
Cécile LEMAIREwrote:
Belle plume, on en redemande...
Ecrivain du passé, du présent, du futur,
Faire jaillir la parole pour libérer l'espace, le coeur et l'âme,
merci quoi
Aug. 31
Constantin Mairewrote:
Emouvant, riche et profond, je n'ai pas eu le temps de tout lire, mais le temps viendra où tes mots réussiront à pleinement m'enrichir et à enrichir notre amitiée.
Aug. 8
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