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SUPERTRAMP - Live - Goodbye Stranger
5... YouTube - SUPERTRAMP - Live - Goodbye Stranger May 17 Rendez-vous amphigourique et révolté avec demainAlors, bon, paraît-il qu'on ne peut rien faire, que c'est comme ça, que c'est la vie, que c'est peut-être mieux, qu'il ne faut pas tout mélanger, somme toute qu'il faut être triste mais pas trop, qu'il faut profiter des bons moments avant de nier les affreux, qu'on se remet de tout, que cela ne sert à rien de culpabiliser, qu'on est jamais tout seul,... Alors oui, on peut prier, se résigner, espérer, renier, s'éloigner, se préserver, oublier, et toutes ces tergiversations pour vivre, parce que finalement, ce n'est que ça. Une vie. Ben, Dieu m'excuse, mais une vie comme celle-là ne me dit rien du tout. J'ai beau apprécier le vers contemplatif hugolien, "Nais, grandis, rêve, souffre, aime, vis, vieillis, tombe. L'explication sainte et calme est dans la tombe.", cette culpabilité d'affliction détruit. Sûre. Par impatience. Bats-toi. Battez-vous. Abandon des armes. Se battre, mais pour quoi ? Pour qui ? Paraît-il qu'il n'y a que les autres qui valent le coup. Lesquels ? Ceux qui vous abandonnent, un jour ? Ceux qui meurent ? Ceux à qui on s'attache ? Ceux à qui on en veut tellement on les aime ? Pour rien ? Ceux dont l'amour nous fait souffrir ? Ceux à qui on regrette d'être attachés ? Ceux qu'on a pas choisi d'aimer ? Ceux qu'on regrette d'avoir abandonné ? Ceux que l'on abandonne, toujours ? Ceux qu'ont pas choisi de nous abandonner ? Ceux-là, qui nous quittent, par lâcheté, pour suivre la vie et son cours inéluctable, ou ceux-là, qu'on aime, trop, mal, pas assez, de temps en temps ? Ceux-là qu'on aurait dû mieux aimer ? ou pas du tout ? Quel devoir ? Devoir ! De survivre pour ne pas peiner les autres. D'autres, et ainsi de suite. Devoir de ne pas trop pleurer, parce qu'il y a pire, parce que c'est comme ça, parce que c'est prévu. Parce que c'est la vie. Aucun moyen de rompre l'effet vicieux du cercle du même nom. Alors, on fait quoi ? Parce que finalement, on est seul. Toujours. A jamais. Alors merde. A elle. Cette vie qui surgit de temps à autres pour nous rappeler qu'elle n'est pas éternelle, à cette vie qui se joue de nous, elle s'en fout, elle en a plein d'autres, plein d'humains à faire naître, à lancer dans un tourbillon d'événements datés, inscrits, mais pour si peu de temps. Finitude. Échecs. Rien ne dure, alors à quoi bon ? Qu'est ce qu'on fout là sinon pour faire souffrir les autres ? Abandon, amour, lâcheté, temps, culpabilité, disparition. Révolte. Mais on s'en fout. C'est daté. April 22 insomniaInsomnie sur les dunes d'un rivage d'amertume.
Poésie qui ne se pense plus pour panser des blessures mais pour réclamer ce calme serein que l'on aperçoit toujours à l'aube d'un combat profond et inconscient. Vent d'un désert pugnace et sans limites qui souffle comme pour épargner le sommeil.
Mensonge d'un cachet peut-être, bulle rose et jaune comme les soirs d'été pour sauver une nuit déjà compromise. Acharnement brut pour l'écriture, obsolète mais orgueuilleuse.
Les paupières, enfin, s'avouent vaincues et le pépitement de leurs soubresauts aveugle... comme la nuit. Déjà, les mains fatiguent; dodelinement d'une tête mutine et cavalière qui jure avec la docilité des doigts paisiblement engourdis.
L'écriture se fait dure et hargneuse: trop tard, vindicatif, le sommeil sans rêves m'emporte.
Demain... March 22 Homm(es) (s)ages Au rire de Louise, à la démarche féline de Fred, au bonnet de Jean-Marc, à l'invraisemblable (de) Bernadette, aux blagues salaces de Christian, à l'amour des jolis mots deTiti, au pas traînant du docteur Lesquelen...
Aux chupa chups, leur langage, et donc à Choupinette; aux bruits qui courent; aux poissons rouges lucides (hop, trop tard), à la galanterie perdue, aux clopes matinales et tardives, aux jetons et surtout aux machines à café et mokacino...
Aux nombreux tours de parc, avant et après l'aménagement, au salon du 2ème étage...
A la musique... à Supertramp
et Suzanne Vega, Sarah Brightman, Lloyd Cole...
A (presque) toute la communauté des fumeurs et à tous ceux qui me manquent...
Merci. October 11 Le miroir de Judas
Elle court, s'arrête, et opère une fouille minutieuse d'un grand sac noir pendu à son épaule. Pour dénicher quoi ? Ô surprise, un miroir, format réduit pour trahir le moindre de ses complexes. Satisfaction vaine, un instant, elle est rassurée. Mais combien de temps dure un mensonge ? Un rendez-vous, encore un, suscite cet ultime effort. Le rouge à lèvres. Bien sûr. Un maquillage ne gâche rien, masque toutes ses appréhensions, ravale son amertume derrière un baume apaisant. Un complice qui édifie chaque jour l'artifice du temps. Un baiser de Judas en somme. Une bouche colorée, déterminée à sévir. Elles désirent toutes cela: discuter, converser, reprocher, culpabiliser... c'est leur façon d'aimer. De se mentir aussi. Une galéjade propice à tous les espoirs. Le rendez-vous est pris, elle s'attend aux effets salvateurs et dérisoires des lèvres fardées, prêtes à toutes les promesses, faute de les entendre. Les boucles dorées ne peuvent rien y faire. Depuis quand se prépare-t-elle ? Le miroir la contemple toujours, ricane même, ou pleure, dans une prescience qu'on devrait lui prêter. Mais non, elle sourit. Quel pleutre. A quoi s'attend-elle ? L'avenir romantique qu'elle dévore, les pages pleines de larmes depuis son adolescence ? Le repentir qu'elle prie tous les soirs à l'ineffable clandestin du ciel ? Quel désir lui miroite son visage ? Une réflexion calomnieuse, qui oublie le reflet lucide d'un intérieur fallacieux. Sans aucun doute. Le tête à tête est terminé. Son sac fermé, elle chausse de son pas l'assurance déguisée qu'elle n'a pas. Elle court. Elle vient vers lui. Vers moi. Son mari. Le cocu. September 22 EmpathieEprouvante, incomprise, incontrôlable, l'empathie, au même titre que l'absolu, détruit. Une destruction lente, qui n'inspire que la surprise et le désarroi pour ceux qui refusent de l'entendre. Et quoi ? La douleur ne se partage pas ?
Il faut croire que non.
Alors que se brisent les idéaux, patiemment. Sans réaction. Sans se battre. Souffrir en silence, dans nos entêtements orgueilleux, loin des mots, les vrais, qui brisent la pudeur. Que les rencontres restent vaines, stoppées dans leur élan prometteur par les barrières érigées par la peur.
On me refuse la douleur, mais je comprends la souffrance. Sans digestion. Frustration d'une rage qui n'explose que ponctuellement. Elle est là, au même titre que moi.
Comment fait-on quand on a pas le droit au malheur ? July 22 Mon ange
Ma tête me fait mal. Je ne comprends rien. La lumière filtre à peine à travers mes paupières. J'ai envie de hurler, rien ne sort. Gorge trop sèche, ma mâchoire se tord sous les mots. Un fil me retient, je le sens qui me taillade le bras. Une perfusion ? La douleur revient dans mon ventre. L'angoisse ? Tout est flou. J'ai peur. Tu t'agites. La lumière te gêne, je ferme les stores. Tu as mal ? N'aie pas peur, je suis là. La douleur monte. Mon épaule. Mon visage. Mes seins.. Et ces aiguilles dans mon bras pour qui, pour quoi ? Cette voix qui chantonne à côté de moi... Masculine, hésitante. Familière. Je ne la reconnais pas. Ma tête. Je te chante une berceuse, pour te rassurer, comme avant. Pas trop fort, ton réveil est trop récent. Mon amour, pardonne-moi. Tu es si belle. Il y a quelqu'un assis sur la chaise. La berceuse s'est arrêtée. Une odeur. Des roses, les fleurs que je préfère. Quelle couleur ? Il paraît que c'est important. Je ne distingue que le vase en verre grâce aux rayons que filtrent les stores. Je me concentre sur le parfum, mais un autre, plus âcre, réveille ma nausée. J'ai mal. Mon ventre. Il est tout plat, comme avant. Ces fleurs... Qui les apportées ? Qui pourrait ? Il faut que je résiste au sommeil. Mon dieu, qu'est ce que j'ai fait ? Tu étais si belle, avant... Mais rassure-toi, les ecchymoses s'atténueront vite. Et puis, qu'est ce que je pouvais faire d'autre ? Qu'est ce que les gens auraient dit ? Je sais que tu me comprends. Je devais agir. Il était là, il grandissait dans ton ventre... Que me veut-il ? Ma tête va exploser, je ne me souviens de rien... Il faut que je lutte... Je ne peux pas bouger... un accident ? Je ne conduis pas. Quelle heure est-il ? Le matin, la nuit ? J'ai mal...Cet homme... Sa voix est un murmure. Il se lève, il s'approche. Cette odeur, je la reconnais. Sa sueur. Non. Pas lui. Il ne faut pas que tu m'en veuilles. Je devais faire quelquechose. Tu sais qu'on ne pouvait pas le garder, imagine le scandale. Pardon si je m'y suis mal pris. C'est que je t'aime, moi. Il m'a retrouvé. Il s'approche. Tout me revient, j'ai peur. Je ne veux plus qu'il me touche. Plus jamais. Hurler, il faut que je hurle. J'aurais dû, j'aurais pu, avant. Maman, aide-moi, même si tu n'as jamais rien voulu voir. Ses mains lourdes s'approchent de moi. Sur mes épaules nues...Ca recommence. Ca recommence. Salaud, ne me touche pas. Ne crains rien, mon ange. C'est fini maintenant, tu as toujours été mon petit bébé à moi, tout va redevenir comme avant. Ne pas pleurer, je ne dois pas pleurer. Papa, promis, je ne dirai rien. Papa. VICE
Il l'écoute avec attention, comme toujours. Sa voix au timbre cristallin, il la connaît par coeur, jusqu'aux moindres nuances de ses inflexions caressantes. Une tonalité de contralto, que la cigarette et les désillusions n'ont pas encore voilée. Il l’a calculé : à quelques expériences près, ils sont de la même génération. Mais à quoi bon ? Ils se croisent souvent, se saluent, échangent même publiquement les seules rares banalités que permet la politesse. Sans rien espérer de plus. Trop tard, sans doute. Le sourire chaleureux et sincère de ses lèvres féminines avait déjà dépassé les apparats de la vie communautaire pour hanter la solitude de ses nuits, investir son coeur et souiller ses draps. Un fantasme dérisoire qu'il n'assume pas. On l'avait prévenu pourtant. Il est amoureux. Il le sait, il le sent. Il pourrait tout lui dire, dans une autre vie. L'imagine. Quand le doute s'insinue le soir, lorsqu'il ferme les paupières, dans ce coton brumeux où la réalité n'a plus prise, il se dit même qu'il en a le pouvoir. Mais le jour revient dans sa formidable rigueur et l'inéluctable resurgit. Encore, et encore. Litanie chimérique. Elle s'est arrêtée de parler. C'est à son tour de prendre la parole. Il a le pouvoir, mais pas le droit. Surtout pas. Ils sont seuls, dans une intimité viciée, comme tous les lundis de chaque mois. Il est bientôt 19h. Les cloches vont sonner l'Angélus. Et sa paroissienne s'en ira. Comme toujours. REQUIEM
Lacrimosa. Étrange. Son sourire n'a rien à voir avec la photo que Nathalie tenait quelques heures auparavant entre ses mains. Trente ans plus tôt, il paraissait tellement grand, fort, et maintenant qu'elle y pense, la sévérité en noir et blanc de son visage légitime parfaitement les souvenirs sombres de sa tante Mathilde, l'aînée des deux soeurs. Enfance douloureuse, éprouvante, paraît-il. Faut dire qu'elle ne le connaissait pas encore, n'en sait pas plus. Elle n'aime pas la violence, et les bribes de conversation qu'elle a saisies hier lui ont fichu une peur bleue. Dictature, cave, enfer, bourreau, elle n'a pas tout compris mais parierait sur une adolescence pour le moins singulière. Chacun son tour. Surprenant, sa mère semble y avoir échappé. Elle voue une admiration sans bornes à ce père défait, amputé de l'orgueil familial; un oedipe mal passé peut-être. Toujours à le défendre, à rejeter obstinément l'assaut des mauvais souvenirs. A croire qu'elle a grandi près de Laura Ingalls. A la maison de retraite, c'est sa mère qui a insisté pour qu'on le change de chambre, parce que son voisin hurlait, la nuit. C'est elle qui a pris plusieurs jours de congé et parcouru 300 kilomètres quand il a fait son premier AVC. Sa tante, pourtant à quelques encablures de là, n'a pas bronché. Mathilde ne s'émeut pas souvent pour la famille. Surtout depuis qu'elle est seule. "Vengeance mesquine et dérisoire !", persifle sa mère. Nathalie se demande si ce ne serait pas mérité. C'est vrai que sur la photo, il ne paraît pas commode. Sourire glacé, des yeux autoritaires, mains puissantes, implacables, autour des frêles épaules des deux filles. Rien à voir avec l'ombre défraîchie du papy en couches-culottes amoureux d'un déambulateur. La grand-mère est absente; derrière l'objectif, sans doute. Elle serait d'ailleurs plutôt de l'avis de sa fille aînée. Comme d'habitude, dirait sa mère de son sourire pincé. La jalousie entre soeurs, c'est une histoire de famille. Apparemment, ils n'étaient pas tous égaux dans le coeur maternel. Ça arrive.
Nathalie se demande qu'elle sera son attitude plus tard, quand ses parents devront à leur tour vivre-finir dans un mouroir. Si elle habite loin, et si elle est mariée, elle demandera peut-être à son époux de les héberger, le temps qu'ils aillent mieux. Sinon, tant pis, elle fera comme tante Mathilde, et prendra un peu de distance. Pas plus mal. C'est tellement pas drôle, ces endroits-là. Les chambres sont trop pâles, des vieux rabougris hurlent à la mort, et le pipi aseptisé suinte de partout. Sans parler de l'ambiance: à croire que dès qu'on met un pied en gériatrie, on prend dix ans de plus. La preuve, quand son grand-père est entré à Allonnes, en deux mois, il ne savait déjà plus jouer au scrabble ou distinguer ses filles. Nathalie n'est pas bête, elle sait bien qu'au fond, on y passe tous. Enfin presque: il n'y a que son oncle qui en a réchappé. Une crise cardiaque à 60 ans au petit déj' et hop, oubliés les repas à 18h dans la salle commune, les bavoirs et les pots de chambre. Facile. A l'époque, elle lui en avait voulu de ce mauvais tour, mais voyant son grand-père, elle avait vite compris qu'il avait bien fait d'être égoïste. C'était surtout difficile de sourire devant le regard sénile d'un grand-père de 80 ans qu'elle n'avait jamais vraiment connu alors que son oncle préféré devenait le hors-d'oeuvre des vermisseaux. Mais désormais, l'ordre est rétabli. Nathalie se lève aux premières notes du Lacrimosa, c'est sa mère qui a choisi, forcément; elle serre très fort la main de sa tante, debout à côté d'elle, et essuie quelques larmes au passage de son grand-père. Le cercueil est déposé au pied de l'autel. L'injustice est réparée. Enfin. Désaveu (ou comme dans les polars) atelier Michel Host. (première semaine Lombez)
Ils sont deux. Le bon et la brute, peut-être. Cette idée l'amuse. S'ils n'étaient pas venus pour elle, cela ferait comme dans les pseudo-polars qu'elle aime bien regarder, aspirée par le vieux canapé du salon le vendredi soir. Mais le sourire peint sur le visage de ces deux-là, dégoulinant d'une pitié qu'elle refuse obstinément, dément sa fiction. Dommage. Cela fait bientôt trois fois qu'on lui fait le coup, elle commence à comprendre. Et puis difficile d'ignorer la présence de l'autre à lunettes, la femme; d’entendre "celle qui va t'aider" lui a-t-on assuré de ce ton mièvre. Insupportable. Traduction: la psy de service qu'on a appelé pour t'arracher des miettes de preuves sur le méchant de l'histoire. Seulement voilà. Elle n'a pas envie de balancer. Et puis quoi, au juste ? En toute franchise, elle aimerait bien leur foutre toutes leurs théories fumeuses à la gueule une bonne fois pour toutes. Ou mieux: ruser et raconter des bobards, en accusant l'éducation lacunaire d'une veuve shootée au Médoc. Ça pourrait marcher. Le problème, c'est qu'elle est déjà allée bien trop loin pour s'en sortir sans dommages. Et puis ils ont le journal, "intime": terme fallacieux pour rassurer les ados avide d'une intimité inexistante. On vous ment, voudrait-elle hurler. Un peu tard. Ah. Voilà. Deuxième étape, le type de gauche vient de froncer les sourcils, haussant délibérément le ton. Comme dans les polars. Rire intérieur. Dérisoire. Son regard semble vouloir la sonder. Rêve, imbécile ! tu ne sauras rien. Elle connaît la tactique. On la bouscule un peu, histoire d'en arriver aux faits, à la sacro-sainte Vérité, si éprouvante soit-elle pour la victime. Leur vérité, d'ailleurs, celle qu'ils inventent pour détruire l'inconcevable. Mais le suspense ne s'éternise pas, la psy vole à son secours: un traumatisme se ménage. Un partout, balle au centre, et victoire temporaire du social sur le boulot. Elle ne bronche pas, elle a ses droits. Patience. Cette petite comédie l'arrange, lui fait gagner un temps précieux. Si les aveux tardent, il pourra s'en sortir. Elle a déjà pensé à expliquer, prendre ce ton persuasif d'arracheur de dents comme disait son père, en vain: elle n'est pas si stupide.
Le conciliabule a pris fin, les trois adultes se tournent vers elle. Non, elle n'a rien à dire; oui, son journal "intime", qui ne l'est décidément plus du tout, fait état de relations sexuelles. Oui, elle n'a que 12 ans. Et puis quoi ? Parce qu'on a douze ans, on ne peut pas aimer ? La précocité, c'est pas fait pour les chiens. Non, elle n'est pas amoureuse. Plutôt mourir que d'avouer leur passion. Il l'a fait jurer. Alors elle n'a rien dit. C'est vrai qu'au fond ça lui aurait fait plaisir, histoire de clouer le bec à cette stupide marie, la pouffe de la classe. Elle a tout fait ! qu'elle dit. Moi ceci, moi cela, mes parents et moi,... point de jalousie, rien de cela. C'est juste que comparée à la vie de cette pétasse, la sienne paraît un peu moins folichonne. Ce n'est tout de même pas sa faute si son père est dans le coma, ou que sa mère déprime depuis douze ans. Bébé, elle hurlait beaucoup, d'accord, apparemment plus que la normale selon les critères maternels. Classique. Elle n'avait qu'à piler ses stilnox dans le biberon. La psy s'est éloignée. Sans doute pour un café. Trois heures dans une salle glaciale, ça fait long. Elle se trémousse sur sa chaise, et l'imagine, lui, l'homme de sa vie. Elle aimerait bien sentir à nouveau son odeur, ses bras autour de sa taille. C'est vrai que c'était délicat, au début, de se cacher. N'empêche que maintenant, ils vont pouvoir laisser éclater leur bonheur. Aux yeux de tous. Dès que ce sera passé. Paraît qu'il est entendu, dans la pièce à côté. Elle espère qu'il ne lui en veut pas trop, et se souvient de ses menaces. Le pauvre. Elle le comprend si bien. En attendant, en dire le moins possible. Elle se le martèle, comme un refrain. Puis les deux flics s'approchent, des feuilles à la main. Dangereux. Ils tentent de lui faire peur, peut-être. Rien à faire, ils ne réussiront pas à les détruire. Des témoignages ? Et alors ? Elle sent sa gorge se nouer, remue sur sa chaise, à mesure qu'elle déchiffre les mots sur le papier. Plein de mots, écritures connues, féminines, jeunes, pas la sienne. Il fait soudain très chaud. La sueur dégouline et mouille son t-shirt. Qu'est ce que Marie, et Justine et... Ludivine viennent faire dans cette galère ? Elle ne leur a rien dit, qu'elle sache. Merde. Abus sexuels répétés sur mineurs ? Comme dans les polars. Noir. June 13 Terreur nocturne.
Elle s'insinue, par ces quelques touches d'incohérence qui l'empoignent dans un incipit à la curiosité douloureuse. Sans affolement. Quelques lignes, flatteuses, moralisatrices: proximité malsaine et la conversation s'égrène. En vain. Contradictions formidables, le coeur s'affole peu à peu, vite, accélère encore puis défaille à se briser. Réflexion lacunaire: les phrases défilent, les questions s'échouent sur l'inconnu. Elle manque d'air, à nouveau le calme de sa respiration capitule. Par sa faute. On l'avait prévenue. La perversité de certains esprits noctambules, notoire, erre sans fin sur la toile. Une touche, puis deux, l'interrogation se noue doucement au creux de sa gorge. Avertissements libertins, culpabilisation arbitraire, indices au fondement douteux, elle plonge, sans escompter la noyade. Lassitude d'un flair qu'elle espérait aigu. A tort. Et bientôt, sa propre corruption investit la réalité d'un échange pourtant bien fictif. Distance qui s'amoindrit, paranoïa légitime et la raison, cette foutue raison qui justifiait sa curiosité démentielle, disparaît abruptement. Il est parti depuis longtemps, l'abandonnant en proie à des interrogations muettes, inutiles. Le loquet a bougé, la porte est renforcée, le silence étouffé. Qui, pourquoi, comment, en quoi, ah bon ? Piégée, il a réussi. Elle ne dormira pas beaucoup cette nuit. On ne l'y prendra plus. Avis. June 07 violence(s)
Des mots, des gestes, émotions en ébullition, raison en perdition. Quand la fatigue s'impose sous ses yeux, son coeur lâche; inexorable d'une vanité pugnace. Elle s'acharne, par dépit, pour recouvrer un peu de cet air qui l'inspirait. Coup de blues, coup de coeur, démesure et absolution des rêves. Point de sursis, tout s'effondre, et s'oublie. La musique l'enchaîne, les notes se déchaînent, l'excitation fait briller des yeux ternes, qui ne rencontrent depuis que le plastique de sa routine. Ires perlées ou larmes rageuses, les poings serrent le vide, ne touchent personne. Gorge serrée, voix enrouée, la passion s'embrase, le corps s'éteint. Subtilité d'une langue qui lui échappe, depuis toujours ? Impatience de la formule. May 30 L' AMITIE
L'amitié c'est une main qui vous soutient dans la douleur et le désarroi.
C'est une oreille qui écoute tantôt votre peine, tantôt votre joie.
C'est un regard qui voit jusqu'au plus profond de votre âme sans jamais se faire juge;
C'est un coeur qui s'ouvre et jamais ne se ferme...
Sarah Biguet. (Pour sustenter un blog qui s'affame... en attendant le retour des idées et de la confiance...) May 01 désillusion: retour des illusions
Retour d'une chimère depuis longtemps éteinte. Elle l'a rappelé, ne sait plus trop pourquoi. L'avait pourtant presque oublié. Et ce presque, elle a beau essayer, refuse de se fondre dans les tréfonds de son histoire. Un orangina pour lui, un cendrier pour elle. Les regards s'échangent, se fuient, s'attrapent, s'ennuient. Elle masque ses doutes. Lui ne remarque rien, dans sa volonté de plaire, de l'attirer une nouvelle fois dans les filets de sa solitude, il persiste, tente, il veut sa nuit. Egoïste. Le mépris viscéral qu'il lui inspire lui rappelle combien elle a pu se perdre dans les méandres de ses rêves. A l'époque. Pas si lointaine. Une première fois décevante, fendant de toutes parts de pointes acérées les espoirs qui l'étreignaient secrètement. Elle a assumé. Mais ne sait plus trop quoi faire de son appel. Le cendrier déborde, elle devait arrêter. Mais justement... Son flot de paroles décousues ne tarit pas. Toujours, trop, de rien. Sa futilité lui renvoie sa propre image, les décisions qu'elle n'a pas le droit de regretter. Et qu'elle veut pourtant renier, de toutes ses forces. Il lui dit qu'elle est belle, elle marmonne une réponse polie jetant sa cendre loin de la difficulté. Le serveur lui plaît. Encore une banalité. Elle détourne les yeux, essaie de se concentrer. Qu'a t-elle bien pu lui trouver ? A lui, qui singe une anecdote, même pas drôle en plus. Puis soudain, elle sait. Un rayon ensoleillé le lui murmure doucement à l'oreille, remontant son épaule d'une caresse agréable. Le printemps, ses impulsions, ses manques et ses erreurs champêtres. Motus ! Le printemps. Evidemment ! Son regard se trouble, ce coup de soleil ravivant les doutes. Après tout, pourquoi pas ? Pourquoi pas lui ? Il semble le vouloir, c'est si rare... Non, elle se raisonne. Il ne la veut pas, elle, pour ce qu'elle est, mais pour ce qu'elle peut lui procurer. Elle s'étonne. Une relation "amoureuse" sans autre sentiment que l'affection amicale. Une relation sexuelle basique, basée sur la moindre expérience des deux protagonistes en mal de réconfort. Comment la lucidité péniblement acquise depuis tous ces mois s'est-elle étouffée sans qu'elle le sache ? Mouaih. Elle s'agite, engoncée dans ses réflexions désuètes. La réponse est simple, évidente; elle l'évite, parce qu'elle est lâche. Encore. De son côté, il tente de lui arracher quelques confidences; elle ne se départit pas de son sourire, le maudissant intérieurement. Quid faciam ? Elle doit retourner travailler, repousser les questions et s'apprendre le courage. Plus tard. Un signe au serveur, elle paye et claque son passé d'un revers de la main. Elle l'accompagnera quelques pas, acceptera de visiter son nouvel appartement, situé -coincidence- ? à seulement cinq minutes de chez elle. Le treizième se fera tout petit désormais. Puis elle redescendra, prétextant un rendez-vous quelconque. La porte s'est fait refuge, le trottoir, liberté: - Je peux t'embrasser ? - Non, vraiment pas.
Désir, répulsion solitude et questions; Le printemps s'annonce difficile, au retour d'une vaine idylle.
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